« Des mers non répertoriées », exposition

Exposition à Mains d’œuvres, Saint-Ouen (93), du 2 au 12 avril 2015
Présentation des oeuvres réalisées dans le cadre du dispositif Orange rouge dans des collèges de la région parisienne par les artistes Céline Ahond, Guillaume Aubry, Yaïr Barelli, Neil Beloufa, Audrey Cottin, Dominique Ghesquière, Charlie Jeffery, Anna Principaud et Marie Reinert.

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Anna Principaud, Livre-table-miroir, déployé avec les élèves ULIS du Collège René Cassin de Noisy-le-Sec, 2014.

Des mers non répertoriées est une exposition qui rassemble les œuvres réalisées en 2013-2014 par neuf artistes en collaboration avec des collégiens dans le cadre du dispositif Orange Rouge. Chaque artiste est intervenu dans une classe ULIS au sein d’un collège francilien, afin d’élaborer avec l’aide des élèves une œuvre résultant de leur rencontre. L’expression « des mers non répertoriées », extraite d’un texte de la poétesse mexicaine Gloria Anzaldua, exprime ici la dimension inédite et inhabituelle de chacune de ces rencontres, qui ouvrent à tous les possibles et invitent chaque acteur, artiste, adolescent, enseignant à inventer sa place dans un groupe en mouvement. De ces processus de création originaux sont nées des œuvres qui reflètent les expériences communes, chacune unique, et dont la paternité, si elle reste de la responsabilité de l’artiste, demeure ouverte et insaisissable.

Orange Rouge

Orange Rouge provoque la rencontre insolite entre des adolescents handicapés et des artistes contemporains à travers la réalisation d’une œuvre collective. Cette expérience unique bouscule les codes artistiques et éducatifs ; elle révèle les talents et les personnalités des adolescents. Présentée au grand public lors d’une exposition, l’œuvre collaborative concrétise et fait rayonner l’engagement de toutes les parties prenantes : adolescents, artistes, familles, enseignants et partenaires. Depuis 2006, près de 1400 adolescents en situation de handicap et 80 artistes contemporains ont collaboré pour créer 75 œuvres, exposées dans 15 lieux d’art contemporain.
Association d’intérêt général, agréée Jeunesse et Education Populaire, Orange Rouge a reçu en 2011 le Prix Spécial du Jury de la Ville de Paris pour son action « Handicap & Créations ».

Pour plus d’informations :

http://www.orangerouge.org

orangerouge2014.wordpress.com

 

COMMISSAIRES: RAPHAËLE JEUNE et CORINNE DIGARD

LES ARTISTES ET LES OEUVRES

CÉLINE AHOND

Où as-tu été ?
Vidéo couleur, son, 14’

Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège Daniel Mayer (Paris 18e) : Mahamadou Fofana, Brian Pinto, Oussad Nahouza, Séréna Kouassi, Vince Gayet, Elodie Gomes ; avec le soutien des auxiliaires de vie Marina Knezevic et Laurent Gagnier et de l’enseignante Marie Pignon. Avec la participation des classes de 6ème4, 6ème3, 5 ème4 et 4ème1.

Avec la vidéo Où as-tu été ?, réalisée en collaboration avec les élèves ULIS du collège Daniel Mayer à Paris, Céline Ahond entend proposer « un espace ouvert, un lieu où des événements sont concrètement vécus ». Pour cela, elle les invite à construire une narration mêlant la fiction à des moments de réalité éprouvée. Des tribulations d’un personnage imaginaire, Jean-Kevin, au mystère du temps qu’il fait, en passant par une chasse aux couleurs, cette histoire prend forme au gré du tournage, dans les rencontres successives de l’artiste avec les adolescents, lesquelles sont autant d’ « ateliers de performance ».
Où as-tu été ? » joue des résonances entre mots et images et retrace ainsi dans une fable à tiroirs les moments inventés et partagés par l’artiste et les adolescents.

Biographie

Céline Ahond mène un travail de performeuse depuis 2003. Jouant sur les interstices entre les images et les mots, ses performances-conférences mêlent récits, dispositifs vidéo, mises en scène d’objets et traversées de paysage, qui ouvrent un territoire pour l’invention d’un langage. Que se soit dans l’espace public ou dans des lieux d’art, Céline Ahond prend la parole pour tracer le chemin d’une pensée en construction. Le souvenir d’anecdotes, la réalité environnante, les micro-événements qui se produisent sont décrits, cadrés, racontés et participent de l’écriture d’un récit du quotidien. Elle est intervenue dans de nombreux contextes (territoire rural, urbain, Mac/Val, Ferme du Buisson, Centre Pompidou Metz, Frac Lorraine, etc.), mène des 1% artistiques ainsi qu’une recherche sur le rapport entre parole et écriture auprès des écoles d’art d’Annecy et de Clermont-Ferrand.

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GUILLAUME AUBRY

Partitions (un dialogue avec A.P.), 2015
Impressions jet d’encre, bois, objets et matériaux divers
Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe SEGPA du collège République (Bobigny) : Fenda, Habibatou et Mariam Camara,  Assia Chakoub, Maxime Daclinat, Bouyé Doucoure, Stivan Emilov, Mahamadou Kebe, Sokona Konte, Frédéric Lin, Francis Mabunda, Steven Nollo, Aravind Rattinavelou, Anthony Roger, Diyar Urun ; avec le soutien de l’enseignante Zora Ihadjadene.

Entre parti pris pédagogique et démarche de création, Guillaume Aubry a sensibilisé les enfants de la 6ème SEGPA du collège République de Bobigny à différentes formes de langage : l’architecture, l’image fixe ou en mouvement, le son. Promenade dans la ville, visite de la cité du cinéma, puis atelier de production plastique jouant sur le rapport son/image ont abouti à l’installation Partitions (un dialogue avec A.P.) présentée dans l’exposition. On y découvre un enchevêtrement de photographies de détails architecturaux de Mains d’œuvres, auquel font échos des objets disposés sur une plateforme au sol : gants en caoutchouc, clé plate, pierre, pince, rouleau d’adhésif, etc. ont été choisis par les adolescents pour leur potentialité d’interprétation sonore des images. Dans un processus inverse, le spectateur est invité à activer mentalement ces objets pour imaginer la musique du lieu même où il se trouve.

Biographie

Artiste et architecte, né en 1982, Guillaume Aubry vit et travaille à Paris et Fermanville en Normandie. Architecte DPLG, il a été artiste résident du programme de recherche La Seine des Beaux-Arts de Paris en 2007-2009 puis de l’IHEAP – Institut des Hautes Etudes en Art Plastique – en 2012-2014 où il a obtenu le post-diplôme DREA – Diplôme de Recherche et d’Expérimentation en Art. Il est aujourd’hui co-gérant de l’agence d’architecture FREAKS basée à Paris, professeur de théorie du design et de l’architecture à l’Ecole des Beaux-Arts de Saint-Brieuc et responsable du pôle espace-objet-installation.

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YAÏR BARELLI

Vous ne me demandez pas si je suis prêt ?
Vidéo couleur, son, 37’
Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège Gustave Courbet (Pierrefitte) : Mouanza Jacques, Yun Patrick, Ferrand Benjamin, Mendy Julien, Nty Mbarga Thomas, Diawara M’Mahawa, Mesidor Myrline, Breit Jason, Chhim Kenny, Rouane Amira ; avec le soutien de l’auxiliaire de vie scolaire Ossama Jemni et de l’enseignante Anne Valérie Bénez.

« L’expérience vécue est la base de mon travail, je tente de toucher, dévoiler et partager le ressenti intérieur, quelque soit le cadre de travail, ou le résultat qui en découle, si c’est un spectacle ou une œuvre visuelle. La perception, les sensations, les différents états corporels et psychologiques sont mes matières premières ». C’est dans cet état d’esprit que Yaïr Barelli a passé du temps avec des élèves du collège Gustave Courbet de Pierrefitte. Un temps qui a coulé au gré de danses, de jeux, de dessins, de dégustation de bonbons transformés en pâte à modeler, ou un temps à ne rien faire, simplement être là. Par ses questions simples et directes –  C’est quoi être normal ? Qu’est-ce qu’on fait, là ? Peux-tu décrire le goût du pain au raisin ? – Yaïr Barelli suscite chez les adolescents des mots clairs et essentiels sur l’expérience, le handicap, l’avenir. En résulte une installation vidéo nous invitant à nous projeter dans la situation des enfants et à regarder le film témoignant de la rencontre.

Biographie

Né à Jérusalem en 1981 et installé en France depuis 2008, Yaïr Barelli a suivi la formation professionnelle du C.D.C à Toulouse ainsi que le programme Essais au CNDC à Angers sous la direction d’Emmanuelle Huynh. Il travaille comme interprète pour différents artistes et chorégraphes: Emmanuelle Huynh, Marlène Monteiro Freitas, Tino Sehgal et Christian Rizzo.
Ses travaux sont présentés dans des théâtres ainsi que dans des galeries et centres d’art.
Il collabore fréquemment avec les artistes visuels : Neal Beggs, le collectif åbäke, Pauline Bastard, Ivan Argote, et il mène en parallèle les projets Ce ConTexte et Sur l’interprétation – titre de l’instant. Yaïr Barelli enseigne dans différentes institutions, notamment au CNDC à Angers, à The Place à Londres et à la Haute École d’Art et Design (HEAD) à Genève.

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NEÏL BELOUFA

Vengeance
Vidéo couleur, son, 20’
Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège Jean Vilar (Villetaneuse) : Sékou Coulibaly, Selma Hofk, Aurélien Diallo, Songul Duman, Richard Sankar, Nianaba Sissoko, Hussein Konaté, Mounir Badawy et Romaïssa Benslimane ; avec le soutien de l’auxiliaire de vie scolaire Mariam Fofana et l’enseignant Eric Garé.

Fidèle à sa pratique  du « documentaire ethnologique science-fictionnel », Neïl Beloufa propose avec la collaboration des élèves du collège Jean Vilar de Villetaneuse la vidéo Vengeance, une historiette qui recycle la culture  télévisuelle du sport et des séries américaines. D’emblée décidé à laisser les collégiens s’emparer du projet, il leur laisse le choix du scénario et des personnages, l’écriture et le doublage des dialogues. On y retrouve le footballeur Ronaldo trop occupé par ses victoires, son robot et sa Lamborghini pour considérer sa fiancée qui cherche refuge auprès de Ray Mysterio le lutteur masqué, afin de fomenter une vengeance : le meurtre du robot. Mais ce film est aussi le constat d’une impossibilité, pour l’artiste, de partager véritablement et pleinement l’agir avec les adolescents. Loin d’occulter la nature ambivalente des interventions d’artistes dans des contextes sociaux difficiles, où ils ne sont ni attendus, ni totalement libres de leur production, l’artiste fait le choix d’intégrer cette situation comme une donnée intrinsèque à l’expérience.

Biographie

Neïl Beloufa (né en 1985, vit et travaille à Paris) propose une expérience fragmentée de la vision, de la mémoire et des stéréotypes qui nous entourent et nous fabriquent. Ses expositions prennent fréquemment la forme d’environnements modulables où les spectateurs sont invités à visionner une ou plusieurs vidéos, dont le scénario se confronte ou se mélange aux éléments disposés dans l’espace environnant. Ces vidéos sont le fruit d’un savant dosage de fiction, de jeu de rôle, de séquences contemplatives, le spectateur étant replacé au centre de l’œuvre.

Neïl Beloufa expose dans le monde entier et a obtenu de nombreux prix. Ses dernières expositions personnelles sont : Hopes for the Best au Schinkel Pavillon de Berlin, Counting on people à l’ICA de Londres et au Banff Centre for the Art (Canada), En torrent et second jour à la Fondation d’entreprise Ricard ou Production value au Hammer Museum de Los Angeles.

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AUDREY COTTIN

In progress
Impressions sur papier, formats variables
Oeuvre réalisée avec l’ITEP de Vitry-sur-Seine et Ali Kadri, Guetard Luis, Ntsounga Thibault, Donivard Jordan-Lee ; avec le soutien des enseignants Marie Pygmalion, Leïla Elyaakabi, Serge Gotil. Ainsi qu’avec le SESSAD de Vitry-sur-Seine et Faidi Mraidi, Liza Mezahour, Miguel Guede ; avec le soutien de la psychiatre, Delphine Lemaire, de l’éducateur, Aubert Massengo, éducateur et du psychologue Erwan Le Breton. Enfin, le SESSAD de Créteil et Nathanel Bourgarel, Cyril Lempereur, Mathis Almeida ; avec le soutien de Stéphanie Régnier, éducatrice. 

Le travail d’Audrey Cottin découle généralement du contexte de l’invitation, qu’elle aborde comme un matériau de travail dans ses diverses composantes : le lieu, son organisation, son rythme et ses contraintes, les personnes qui occupent ce lieu, le font vivre ou l’utilisent, et enfin les activités et les centres d’intérêt de ces personnes. Elle enquête tout d’abord, dialogue avec les hommes et femmes qu’elle rencontre, elle observe l’environnement et prélève des éléments (activités, situations, sujets, sons, objets), laissant le sens advenir de lui-même au cours de cette investigation attentive. Puis elle élabore une forme à l’équilibre subtile entre ce qui se donne à elle et ce qu’elle amène de regard artistique. Pour Orange rouge, Audrey Cottin a collaboré avec les adolescents de deux structures éducatives de Vitry s/Seine, dans le cadre d’un projet pédagogique encadré par le Mac/Val. Au gré des ateliers, l’artiste a constaté la difficile adéquation entre sa démarche créatrice et les besoins en pédagogie exprimés par une institution muséale. Partant de petits dessins gribouillés par les adolescents pour passer le temps pendant les séances, elle propose une réflexion en bande dessinée sur sa position d’artiste face à la médiation de l’art.

Biographie

La pratique artistique d’Audrey Cottin est transdisciplinaire, se situant à la fois entre, à travers et par-delà les disciplines. Chaque projet est une collaboration singulière avec des artistes, des techniciens, des voisins, des théoriciens ou des scientifiques, d’où émerge une forme. Elle a présenté son travail dans des expositions personnelles et collectives en Belgique (STUK/M-Museum, Kaaitheater, Galerie Tatjana Pieters), en France (Jeu de Paume, Fondation d’entreprise Ricard) et au Brésil (Biennal do Mercosul). Audrey Cottin a été résidente du post-diplôme HISK à Gand (BE) en 2009-2010 et participe actuellement au programme Advanced Performance and Scenography Studies à Bruxelles où elle est installée depuis 2011.

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DOMINIQUE GHESQUIERE

Projet Fleuve
Terre cuite, dimensions variables
Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège René Descartes (Tremblay) :

Dominique Ghesquière présente une sculpture de terre cuite, étendue, lumineuse et délicate. On y devine les vagues d’un fleuve qui « transporte des maisons provenant des quatre coins du monde sur de fragiles embarcations ». Ces maisons ont été imaginées par chacun des adolescents consécutivement à leur visite du Musée Guimet à Paris et leur découverte des petits temples en terre cuite de l’art bouddhique chinois. Ils ont également vu le film Sur le chemin de l’école dans lequel un enfant creuse la terre pour y puiser de l’eau, et où l’on ne sait si c’est « l’eau qui émerge de la terre ou bien l’inverse ». Dominique Ghesquière désigne les petites architectures des enfants comme « autant d’habitats venant du plus profond ». Lourdes et immobiles dans la réalité, elles se font ici plus légères que l’eau et sont emportées par les flots.

Biographie

Dominique Ghesquière, plasticienne française, est diplômée des Beaux-Arts de Lyon. Elle a été pensionnaire à la Rijksakademie à Amsterdam. Elle est représentée par la galerie Chez Valentin à Paris où elle a eu une exposition personnelle en septembre 2014, Grande tapisserie. Elle a dernièrement exposé au CIAP de Vassivière, à 3Bisf (Aix-en-Provence), 13 Halle Munich, au MUDAM (Luxembourg), à la Galerie expérimentale CCC Tours, à Aspex Gallery Portsmouth. Les œuvres de Dominique Ghesquière font partie des collections publiques du CNAP, du MUDAM, du FRAC Lorraine, du FRAC Limousin, du FRAC Bourgogne et de diverses collections privées. Deux catalogues monographiques ont été publiés, Dominique Ghesquière aux éditions FRAC Bourgogne diffusé par Les presses du réel et En Chantier avec le soutien de la Rijksakademie.

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CHARLIE JEFFERY

Energies Surfaces
peinture acrylique sur bâches plastiques
bois, vis et fil de nylon

Cloud Helmets
Mousse expansive

Oeuvres réalisées avec les élèves de la classe ULIS du collège Aimé Césaire (Paris 18e) : Moussa Coulibaly, Saïd Dahmani, Céline De Brye De Vertamy, Najate Essahm, Aboulhadri Keita, Samamandre Mabika, Véra Nard, Jessica Rieux, Abisheck Senthilnathan, Arjun Singh, Jesna Yahmi ; avec le soutien des auxiliaires de vie scolaire Samira Boufrah et Laurence Franvil et de l’enseignante Marie Beau. Avec la participation de la classe de 3èmeB.

Charlie Jeffery s’est présenté aux élèves ULIS du collège Aimé Césaire sans programme prédéfini, mais avec des propositions et une certitude : la nécessité de donner son espace de création à chaque adolescent en travaillant avec chacun individuellement, pour laisser son rythme et son cheminement se révéler d’eux-mêmes. « Chaque élève a déployé différentes énergies et différentes manières de voir le travail, des résistances et de la volonté de tester la situation provoquée par ma présence dans le collège. » L’engagement permis par cette liberté s’est manifesté dans une appropriation des outils de production comme dans un corps à corps : peinture, bâche plastique, bois, mousse de polystyrène expansé, etc. Une découverte véritable de ce qu’est la peinture : entre main, œil, corps, temps et expérience de l’émergence des formes. En résulte un ensemble chatoyant de grands paravents et bâches colorés, qui modifient l’espace et la lumière de la galerie d’exposition, ainsi qu’une série de « têtes-nuages » à porter, fabriquées par les élèves comme autant d’invitations à s’extraire d’un monde inadapté à nos désirs.

Biographie

La pratique artistique de Charlie Jeffery (1975, Oxford) est processuelle. Il travaille à partir de matériaux trouvés sur place, en explorant leurs qualités et en modifiant leurs valeurs. Ce sont souvent des objets usuels récupérés ou des matériaux pauvres (poussière, boue, polystyrène, carton), évoquant l’idée d’une transformation possible de la matière, d’une équation entre l’objet et l’énergie qui modifie ses propriétés au fil du temps. Parallèlement à ses sculptures, Charlie Jeffery réalise des vidéos, dessins et performances. La question du langage y est primordiale. Avec ses expressions, ses rythmes, ses tensions, le langage devient un médium plastique, malléable, empreint de qualités exponentielles, quelquefois absurdes ou imprévisibles.
Diplômé de l’école des beaux-arts de l’université de Reading (Angleterre), Charlie Jeffery vit à Paris depuis 1998. Outre de nombreuses expositions collectives, il a bénéficié d’expositions personnelles au Quartier à Quimper (Why stand when you can fall, 2011), à La Permanence à Clermont-Ferrand (People, places, things and stuff, 2013), à l’American Gallery à Marseille (Endless Forgetting, 2014) et a réalisé de nombreuses performances dont la dernière au Mac/Val de Vitry s/Seine en 2014. Il a mené à bien une commande publique à Marseille (Le jardin des inclinaisons, 2013). Il participe actuellement à l’exposition collective « Chercher le garçon » au Mac/Val et réalisera prochainement deux performances dans le cadre du Nouveau festival au Centre Pompidou. Il enseigne à l’Ecole spéciale d’architecture à Paris et à l’Ecole des beaux-arts de Marseille.

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ANNA PRINCIPAUD

Un mundo zurdo (un sol)
Sol en linoléum gravé
3m x 4m
Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège René Cassin (Noisy-le-Sec) : Berthe Coffee Black’s, Amir Ben Ali, Suzie Yassimara, Wendy Debray, Kociela Hassouna, Silly Drame, Mauro Djordjevic, Hassan Diomande, Lucas Rougier, Ornella Petrovic et Sharafath Mougammadou; avec le soutien de l’auxiliaire de vie scolaire Nabila Tobdji et l’enseignante Agnès Julienne.

C’est inspirée par la pensée de la poétesse mexicaine Gloria Anzaldua (1942-2004) qu’Anna Principaud aborde sa rencontre avec les élèves du collège René Cassin de Noisy-le-Sec. Chicana ayant grandi à la frontière mexicano-texane, homosexuelle et militante, Anzaldua a élaboré une écriture de l’ « entre-deux », qui ouvre sur un «  mundo zurdo » : un monde gauche, bizarre. Considérant ce dernier comme une « ressource ou un lieu stratégique », l’artiste aborde les adolescents en imaginant « aller avec eux vers la construction d’un territoire commun ». Ce territoire entre son monde et le leur se matérialisera dans un sol en vingt dalles de lino sur lequel chacun gravera sa ligne de vie, un futur possible, un monde imaginaire, mêlés à ceux des autres. « Occurrence d’un mundo zurdo » selon Anna Principaud, ce sol offre « la trace d’une rencontre singulière contenant dans sa forme la possibilité d’être à nouveau déployée, traversée, rejouée ». Une rencontre où chacun peut exister à la fois dans sa relation aux autres et dans sa singularité.

Biographie

Née à Echirolles, Anna Principaud vit et travaille en Ile-de-France. Diplômée de l’Ecole Nationale d’Arts de Cergy-Pontoise en 2011, elle a auparavant étudié les sciences de la matière, notamment la chimie à l’ENS Ulm jusqu’en 2005. Elle a montré son travail lors d’expositions collectives en France et en Thaïlande. Sa recherche artistique se développe principalement dans le champ de la sculpture, de l’objet, de l’installation mais également à travers l’écriture et la vidéo. Elle participe actuellement à la construction d’un workshop qui réunira au printemps scientifiques, artistes et danseurs autour de la question de l’usage des métaphores dans le domaine de l’immunologie. Un large pan de cette discipline s’est construit autour de mots spécifiques qui articulent notre compréhension du fonctionnement du système immunitaire : soi/ non-soi/ intégrité/ reconnaissance/ défenses etc. Il s’agira de questionner ces mots véhiculant des métaphores liées à la guerre, au danger et à l’identité et avec eux des impensés en terme de rapport aux corps individuels et collectifs. Déplacer ces mots, se déplacer avec eux, en trouver d’autres peut-être.

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MARIE REINERT

Oeuvre réalisée avec les élèves de la classe ULIS du collège Claude Debussy (Aulnay-sous-Bois) :

Marie Reinert traverse avec son regard, son corps et ses outils des contextes qui ne l’attendent pas. Une banque, une administration, un navire de fret et son équipage, un port gazier, etc. autant de mondes étrangers qu’elle observe, aborde, filme, arpente en solitaire, et qui parfois ne se laisse pénétrer qu’à force de ténacité. Son engagement artistique réside dans l’intensité de sa présence et sa détermination à exister et agir en tant qu’artiste dans ces endroits habituellement indifférents à l’art. Au collège d’Aulnay-sous-Bois, le monde qu’elle rencontre est celui de collégiens en difficulté dans leur cadre scolaire, avec lesquels elle est invitée à collaborer pour la production d’une œuvre. Ce nouveau contexte se différencie des autres par la place qui lui est assignée dans la commande. Elle est ici à l’invitation d’adultes qui attendent de son action à la fois un effet bénéfique pour les enfants et une mise en forme de l’expérience commune à travers une œuvre dont elle endosse la paternité. Cette situation l’amène à s’interroger sur son désir d’artiste d’être dans la commande ou de rester dehors. L’œuvre présentée est le fruit paradoxal de cette interrogation.

Biographie

Marie Reinert est née en 1971 (France), elle vit et travaille à Berlin. Son travail a fait l’objet de nombreuses expositions en France et à l’étranger : FRAC Provence-Alpes-Côte d’Azur (2015) ; Aichi triennale, Nagoya, Japon (2013) ; Dutch National Bank, Amsterdam (2013) ; Festival Hors Pistes, Centre Pompidou, Paris (2013) ; La Virreina, Centre de la Imatge, Barcelone (2012) ; Musée de l’Arsenal, Kiev (2011) ; Stedelijk Museum, Amsterdam (2011) ; Bunker, Berlin (2011) ; Printemps de Septembre, Musée des Abattoirs, Toulouse (2010) ; MAC/VAL, Vitry-sur- Seine (2009) ; Le Plateau, Frac Île-de-France (2007).

LES ÉVÉNEMENTS

Vernissage
Jeudi 2 avril à partir de 18h

Rencontre-débat
Jeudi 9 avril à 18h30, entrée libre
Avec le penseur Yves Citton et les artistes Céline Ahond, Charlie Jeffery, l’enseignante Madame Castells et Raphaële Jeune, commissaire invitée

A l’occasion de l’exposition Des mers non répertoriées, qui présente les œuvres réalisées durant l’année scolaire 2013-2014 à l’initiative d’Orange rouge, une rencontre-débat rassemblera le penseur Yves Citton, deux des artistes participants, Céline Ahond et Charlie Jeffery, une enseignante ayant accueilli des artistes dans sa classe ULIS, Mme Castells, et la commissaire invitée, Raphaële Jeune.

Yves Citton est professeur de littérature à l’Université de Grenoble 3, co-directeur de la revue Multitudes et s’intéresse à de multiples sujets, prenant tour à tour la casquette du philosophe, de l’anthropologue ou du politologue dans l’héritage de Spinoza, Simondon, Barthes et Deleuze. Il a développé une importante réflexion sur la question du geste qu’il considère du point de vue d’une « anthropologie sauvage de nos expériences esthétiques » contemporaines. Ses recherches récentes se consacrent à l’étude de la notion d’attention dans le contexte des processus de subjectivation individuelle et collective découlant des nouvelles pratiques économiques, culturelles et sociales induites par l’usage d’internet. Il tente ainsi de combler un déficit d’appareil critique en nous offrant des outils pour mieux penser les problématiques liées à ce qui est devenu le bien le plus convoité à l’époque du capitalisme cognitif.

En dialogue avec les autres invités qui témoigneront de leur expérience, Yves Citton offrira sa propre analyse du dispositif Orange Rouge, lequel met en place les conditions d’une rencontre entre des artistes et des adolescents en difficulté scolaire et sociale, à l’intersection entre projet artistique et projet pédagogique. Un dispositif où le geste et l’attention à l’autre, à soi, au monde, sont convoqués à chaque instant

INFOS PRATIQUES
Exposition ouverte du 02 avril au 12 avril 2015 ouverte tous les jours,
de 14h00 à 19h, sauf lundi 6 avril (férié)
Entrée libre

MAINS D’ŒUVRES
1, rue Charles Garnier
93400 Saint-Ouen
T. 01 40 11 25 25
http://www.mainsdoeuvres.org

ACCÈS:
Métro Garibaldi (ligne 13)
ou Porte de Clignancourt (ligne 4) Bus 85 arrêt Paul Bert

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