statement curatorial

En tant que commissaire d’exposition, je privilégie depuis plusieurs années une pratique curatoriale explorant les possibilités du projet artistique ou de l’exposition comme événement. J’entends l’événement non comme instance portée au regard ou à la connaissance du plus grand nombre possible par une revendication de nouveauté et d’importance comparative, mais l’événement au sens d’une « co-émergence » d’éléments (individus, objets, espace, circonstances), qui, ensemble, dans leur devenir commun, font œuvre.
Cette modalité événementielle va de paire avec l’idée d’un art comme expérience, où l’artiste/les artistes, le dispositif artistique, les visiteurs, les participants et l’environnement, sont engagés dans une interaction qui s’actualise dans des formes imprévisibles et ouvertes, au présent de la rencontre. L’expérience se définit ici par une implication de l’être dans l’instant présent, mettant en jeu ses sens, ses affects, sa corporéité, sa cognition dans un rapport de co-dépendance avec ce qui l’entoure. Elle entraîne des fluctuations de l’être, l’avènement de nouveaux agencements et l’ouverture d’horizons jusque là inconnus.

Dans les résidences de création dans le monde du travail (SouRCEs) que j’ai mises en place lors des deux premières éditions des Ateliers de Rennes – Biennale d’art contemporain (2008, 2010), les artistes côtoyaient des salariés d’entreprises et élaboraient une œuvre avec leur coopération, dans un environnement spécifique, étranger à l’habitus artistique. De même pour les acteurs de l’entreprise, le projet de l’artiste, ses outils et les formes qu’il élaborait ouvraient des pans inattendus de réalité, irréductibles à toute utilisation productive.
Les Ateliers de Rennes #2, 2008: Valeurs croisées / Crossing Values, 63 artistes, 8 lieux, 12 SouRCEs (Séjours de recherche et de création en entreprise, 35 productions, 50000 visites, catalogue 450 pages (commander). + d’infos

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Couverture du catalogue Valeurs croisées / Crossing Values, Editions Les presses du réel, Dijon, 2009.

Les Ateliers de Rennes #2, 2009: Ce qui vient, 46 artistes, 8 lieux + espace public, 6 SouRCEs (Séjours de recherche et de création en entreprise), 35 productions, un symposium international (Le laboratoire des prospectives singulières, Rennes, Bucarest, Dakar), 55000 visites, catalogue bilingue 250 pages (commander). + d’infos

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Société Réaliste, L’avenir dure longtemps, 2010, œuvre produite pour Ce qui vient, Couvent des Jacobins, Rennes

 

En 2011, Plutôt que rien : Démontages explorait l’idée d’une exposition collective en devenir, étirée dans le temps et jamais stabilisée, suite d’apparitions et de disparitions d’œuvres éphémères – chaque jour une œuvre nouvelle par un artiste différent, remplaçant celle de la veille, démontée au soir même de son installation – qui constituait progressivement une forme hybride. La co-émergence se produisait ici diachroniquement, chaque œuvre interagissant avec toutes celles qui l’avaient précédée et la redéfinissant tout en étant redéfinie par elles.

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Plutôt que rien #1 : Démontages, « Composer dans le but de rendre quelqu’un heureux »,  proposition de Didier Courbot le 8 mars 2011
Son pendant Plutôt que rien : Formation(s) expérimentait la rencontre de quatre artistes ayant une pratique propre et se connaissant peu ou pas, dans l’exercice d’une œuvre-exposition commune, dont les composantes seraient attribuées au groupe. Cette œuvre émanait d’un consensus, renégociable jusqu’à la fin, entre les artistes engagés dans l’exploration des limites de leur subjectivité créatrice et de leur zone de contact avec les autres. La durée totale de l’exposition était offerte à des changements, à des amendements, selon les désirs fluctuants de la communauté.

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Plutôt que rien #2: Formation(s), avec Guillaume Aubry, Dominique Blais, Carole Douillard et Marie-Jeanne Hoffner, avril-juin 2011.
Depuis 2012, je collabore avec l’association Orange rouge dont l’objet est d’inviter des artistes à travailler avec des collégiens inscrits dans le dispositif ULIS. Ce dispositif accueille dans des classes spéciales intégrées dans des collèges « généralistes » des élèves en difficulté scolaire dû à un handicap social et/ou cognitif. En collaboration avec ces adolescents, l’artiste est amené à élaborer et produire une œuvre. Comme pour les SouRCEs mais dans d’autres conditions, cette œuvre est le résultat d’une co-dépendance de l’artiste et des collégiens, qui s’actualisent ensemble dans un agencement particulier, spécifique à ce contexte. L’exposition des oeuvres issues de cette expérience a eu lieu en avril 2015 à Mains d’œuvres, Saint Ouen, sous le titre Des mers non répertoriées. En savoir plus
http://www.orangerouge2014.wordpress.com
http://www.orangerouge.org

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Durant l’année 2015, je suis invitée par le centre d’art Phakt – Centre culturel Colombier, à Rennes, pour une résidence curatoriale que j’entends développer comme un laboratoire pour ma recherche sur l’événement comme enaction.
Ce projet comprend trois volets.
volet  1 : La Psyché de l’univers – Hommage à Francisco Varela, un projet de Nico Dockx, Raphaële Jeune &&& autour d’une archive sur le neurobiologiste Francisco Varela. Voir le blog du projet.
Laboratoire Portable Varela Dockx

 

Volet 2 : Ecole erratique avec François Deck, Carla Bottiglieri, Philippe Gouet, Erwan Morvan et Raphaële Jeune. Première session : octobre 2014. Conçu par François Deck, l’Ecole erratique est un dispositif en devenir, métamorphique, tantôt texte, tantôt déambulation, tantôt réunion, tantôt jeu, qui rassemble cinq personnes à partir d’un problème formulé comme point de départ. Pour cette session de l’Ecole erratique, nous avons choisi de partir de ma recherche autour de l’événement. Nous avons défini la problématique suivante:

Que peut être aujourd’hui un art comme expérience?

Dewey (1936) : « tout ce qui exacerbe le sentiment de vie dans l’instant présent est un objet d’admiration intense. » Le philosophe relie ici expérience de vie et expérience esthétique. Si des artistes ont tenté de réaliser ce lien, l’art reste souvent l’objet d’une réception esthétique cantonnée à l’institution. Pourtant, éprouvée au présent, toute expérience peut être événement esthétique, expression de l’élan vital où logent désir et créativité de l’être. Si l’on en croit Dewey, la dimension esthétique de l’existence fonde l’éthique. Le système capitaliste l’a bien compris et développe aujourd’hui une « économie de l’expérience » où la valeur se mesure à l’intensité des affects d’un Sujet invité à vivre des expériences. Dans ce contexte, que peut être aujourd’hui un art comme expérience ?

François Deck et moi-même avons initié cette aventure avec la co-rédaction d’un texte en forme de cheminement libre guidé par des contraintes formelles. Nous avons invité dans cette Ecole erratique trois autres personnes pour un chantier à construire à partir de ce texte sur une durée indéterminée. Ce texte (pdf) est paru dans Optical Sound n°2, septembre 2014, nous l’avons lu lors d’une soirée de lancement de la revue à L’Endroit, Rennes, le 4 octobre 2014 (+ d’infos).
http://www.optical-sound.com/

Lecture de François Deck et Raphaële Jeune lors du lancement d'Optical Sound #2 à L'Endroit, Rennes

Lecture de François Deck et Raphaële Jeune lors du lancement d’Optical Sound #2 à L’Endroit, Rennes

 

Volet 3: Adva Zakaï, novembre-décembre 2015

 

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